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Art asilaire, Art brut, Art singulier, ces notions sont difficiles à décrypter et il n'est pas si aisé de s'y retrouver sans se pencher sur l'histoire de ces vocables. Le terme d'Art brut fut inventé par Jean Dubuffet dans les années 1940, pour désigner la collection d’œuvres réalisées par des malades mentaux  souffrant de schizophrénie et vivant en institution, qu'il commence à réunir à cette époque. L' Art brut est donc le nom donné par Dubuffet à l' Art asilaire, que des médecins psychiatres avaient commencé à explorer depuis environ une cinquantaine d'années. Et en particulier le psychiatre allemand Prinzhorn qui travaille à l’hôpital d' Heidelberg observe que le malade est capable de se ressaisir, de refaire surface, de se reconstruire en exprimant le plus profond de lui sous la forme d'une œuvre artistique. Loin des critères, des définitions, des contraintes et des exigences de l’art officiel, l’Art asilaire commence à émerger. Prinzhorn nous explique : « La maladie ne donne pas de talent, mais presque tout individu est capable de constituer des formes complexes. Ceux qui ont ainsi pu briser les barrières de l’autisme ont amorcé une marche vers un mieux-être. Figures pétries dans de la mie de pain, statues taillées dans des matériaux de fortune, dessins tracés sur du papier hygiénique, etc. sont les manifestations les plus courantes de cette lente remontée. »
C'est bien sur les bases de ces observations que se construira par la suite l'art-thérapie aujourd'hui très répandu. Jusqu’à ces années, la production artistique des malades était purement et simplement ignorée et parfois les malades étaient contraints de produire, d’exprimer ce qu’ils devaient exprimer, en cachette. Des artistes comme Aloïse, Brendel, Wölfli ou Walla, pour n’en citer que quelques uns, ont ainsi créé leurs œuvres dans une quasi clandestinité. Depuis longtemps déjà des hôpitaux psychiatriques avaient archivés ces œuvres, par principe, par routine, mais sans attacher la moindre attention à ce qu’elles pouvaient renfermer de dimension artistique.
L’Art se singularisant avec les Fauves, les Expressionnistes, les Surréalistes, l’Art asilaire va pouvoir sortir du ghetto dans lequel il fut toujours enfermé. En 1921 le Dr. Morgenthaler révèle un travail important qu’il réalisa sur Wölfli. En 1924, c’est « Expressions de la folie », de Prinzhorn qui aura une audience très large et permettra à l’Art asilaire de franchir les lourdes grilles des asiles psychiatriques.
De nombreux artistes se pencheront sur ce nouvel art. Ainsi, l’artiste Aloïse, éprise de Guillaume II qu’elle avait furtivement aperçu dans un lieu public, rêvera cette idylle durant les quelques quarante années que durera son internement.
Michaux dira d’elle dans « Les Ravagés » : « Celle pour qui seul l’amour d’un prince royal entr’aperçu derrière la grille d’un parc magnifique, aurait paru suffisant, reçoit, isolée, méprisée, en habits misérables, dans l’espace étroit d’une chambre d’internée, l’inouïe revanche d’une liberté incomparable ».
Avec la prise en charge des malades, la prescription de médicaments atténuant leur souffrance, les séjours de plus en plus réduits en institution et la médiatisation et l’accès de plus en plus large et facile à la culture artistique, l’Art asilaire est en voie de disparition. Cet Art asilaire ou Brut à peine reconnu et défini, devient rare et obsolète.
Par ailleurs Jean Dubuffet interdit l’utilisation  de l’expression « Art brut » pour d’autres créations que celles figurant dans sa collection asilaire.

En 1947 et en 1949, Jean Dubuffet qui a par ailleurs déjà été prolixe sur le sujet, nous donne des définitions qui nous sont aujourd’hui très précieuses pour comprendre de quoi il s’agit :
« Il y a (partout et toujours) dans l’art, deux ordres. Il y a l’art coutumier (ou poli, ou parfait) (on l’a baptisé, suivant la mode du temps, art classique, art romantique ou baroque, ou tout ce qu’on voudra, mais c’est toujours le même) ; et il y a (qui est furtif comme une biche), l’Art brut… »
« … Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique ; chez lesquelles donc, le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels ait peu ou pas de part : de sorte que leurs auteurs y tirent tout de leur propre fond… Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur ; à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art, donc, où se manifeste la seule fonction d’invention… C’est pourquoi nous ne voyons aucune raison de faire de l’art des fous, un département spécial… L’acte d’art, avec l’extrême tension qu’il implique, peut-il jamais être normal ? Notre point de vue est donc que la fonction d’art est dans tous les cas la même ; et qu’il n’y a pas plus d’art des fous que d’art des dyspeptiques ou des malades du genou. »

Jean Dubuffet nous précise que l’Art brut vient du plus profond des artistes, instinctivement, loin des calculs et vierge de tout référant, de tout acquis culturel. Mais on peut se demander si cette définition a pu un jour vraiment coïncider avec une réalité ou s’il s’agit d’une utopie. Dubuffet lui même s’est posé cette question sur le tard et s’est résout à élargir sa définition de l’Art brut et même admettre que l' Art brut n'existait pas dans son acception la plus étroite.

L’interdiction faite par Dubuffet à utiliser l’expression Art brut, amène d’autres terminologies. On parle d’Art hors les normes,  de Neuve invention, de Création franche… En 1978 se tient au Musée d’Art Moderne de Paris, les Singuliers de l’art, exposition réunissant une cinquantaine d’artistes non répertoriés par Dubuffet et constituant pour la plupart la collection d’Alain Bourbonnais, artiste et collectionneur. Le terme de Singuliers de l’Art se retournera rapidement pour devenir Art singulier, et c’est cette désignation qui s’imposera alors.

En guise de conclusion, reprenons ces définitions :

Art asilaire : désigne la création de personnes malades internées en hôpital psychiatrique.
Art brut : terme inventé par Jean Dubuffet, incluant l’art asilaire et l’art carcéral
Art singulier : terme dérivé du titre de l’exposition de 1978, les Singuliers de l’art, par Alain Bourbonnais.
Art hors-les-normes : synonyme d’Art singulier.
Outsider Art : C’est d’abord, dans les pays anglophones l’Art brut, puis cela devient un synonyme d’Art singulier.